© 2016 by Sophie Pugnet

ENTRETIEN

 

J’envisage ma pratique comme un « Entretien » sous plusieurs formes : celle de la restauration et de la réparation des matériaux, mais aussi celle de la transmission et du dialogue.
Dans mon travail le souffle et la voix sont une matière aussi légitime que le métal et le verre. Ainsi le corps humain et les matériaux constituent ma matière première.
La fragilité semble se révéler au moindre souffle, au moindre courant d’air, mais elle résiste. C’est ce moment que je fixe, comme un arrêt sur image et que je transforme. Le temps semble s’être arrêté et révèle alors ce qui a disparu ou est voué à disparaître. Mon dessein est alors de trouver et réparer la faille dans le système.
Il me manquait quelque chose, la voix, ou comment donner la parole à mes sculptures. J’ai toujours été fascinée par le travail de Guy de Cointet, notamment par ces « tableaux parlant » où il pousse la narration vers une non linéarité, effleurant l’absurde. L’accent est mis sur la forme des mots, et des objets. Ils deviennent aussi une scénographie pour la performeuse. Des éléments du vivant que l’on retrouve également dans les  « one minutes sculptures » d’Erwin würm, qui prônent l’idée du corps comme sculpture.
Ma pratique se traduit par la rencontre du corps humain et de la matière, qui donne ainsi lieu à un espace sculptural parfois ponctué par des performances.


Sophie Pugnet

«Sophie Pugnet, nous amène par ses installations à redécouvrir le silence, l’instant de transition, le passage. Ce moment où tout se fige avant de basculer, où notre souffle se contient.  Le spectateur se trouve hors du temps, comme en apesanteur.
Elle aborde dans son travail ce laps, l’accompagne de poésie, de justesse et l’effleure avec délicatesse. Le spectateur est face au «Temps», un instant intérieur. Il l’observe, son regard est en suspend à l’affût d’un basculement.
«Effleurer la faille», des plaques de verres brisées que seul un doigt supporte. Comme un arrêt sur image, le spectateur doit écrire la suite : l’instant d’avant, celui d’après.
L’œil, un outil, un capteur omniprésent dans le travail de Sophie. Il guide le spectateur au sein de ses installations. Le regardeur est saisi par cette tension qui anime chacune de ses œuvres.  «Mémoire d’aveugle» où quand le trait rend visible l’invisible. Un dessin in-situ en micro billes de verre, une matière quasi invisible à l’œil nu. Quand la lumière s’y réfléchi, alors la forme prend tout son sens avant de s’effacer à nouveau, en un éclair. Une image subliminale qui reste gravée dans la mémoire du regardeur.
Le corps est machine, mais une machine consciente. La voix et le souffle sont tout aussi présents que le métal et le verre. En cela la matière est vitale : elle permet le fonctionnement d’un moteur ou celui d’un corps. Elle est au cœur du travail de Sophie, fondamentale. Jamais choisie au hasard, elle offre une lecture de l’œuvre.
« Globe », de l’huile de moteur solidifiée, présentée dans son moule, renvoie au globe oculaire. Il y a toujours un corps à l’intérieur d’un corps, la machinerie prend alors tout son sens.
Le verre devient un médium. Avec «Perle de mot», un travail en collaboration avec un souffleur de verre, l’artiste nous montre à quel point la matière fait œuvre. Des phrases sont soufflées dans du verre et chacune d’entre elles donne naissance à des sphères de formes distinctes. Comme des écrins, elles contiennent alors chacune un secret.
Anthropomorphique, la pratique de Sophie oscille entre la performance, la sculpture, l’installation et révèle par l’utilisation de matière, le mécanisme du corps, son essence. »


Bérengère de Thonel d’Orgeix
Collectionneuse / muséologue